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On parle de promesse. Cela ne laisse pas insensible et interroge surtout sur la nature de cette promesse qui s’invite dans les discussions.

Quelle est donc la promesse ? Cette promesse que nous ferions. Cet engagement futur, incertain et hypothétique par définition que nous érigerions au rang de promesse pour servir notre avenir commun. Une promesse forcément fragilisée par nos biais cognitifs, nos ressentis qui nous conduisent à l’interprétation inéluctable de quelque chose qui n’existe pas encore.

De qui viendrait cette promesse ? De ceux qui savent mieux que d’autres ce que nous réserve l’avenir, ceux qui voudraient maladroitement rassurer, ceux, pire encore, qui voudraient manipuler…

Quoiqu’il en soit, la promesse n’a qu’un risque, c’est de ne pas être tenue. Où même si elle l’était, d’être sujette à controverse par ses interprétations. La promesse, quel qu’elle soit pourrait-elle satisfaire tous les désirs de l’espoir qu’elle ferait naître ?

Ou bien alors, la promesse est simple et relève d’un fait présent et non d’un futur hypothétique. Mais alors, en quoi, serait-elle promesse ?

Ou bien encore, la promesse est celle de la souffrance, parce que dans ce cas, non tenue, ce sera une délivrance et non une trahison.

Ainsi, à quoi servirait cette promesse ? À donner de l’espoir, de l’envie, à séduire pour entraîner, à convaincre pour influencer un choix. Tout cela est bien fragile et relèverait de la manipulation.

Non, on ne bâtit pas un avenir sur des promesses. Sur une vision, une intuition, une ambition oui, mais pas sur une promesse.

Et quand bien même, si promesse il y avait, pourquoi devrait-on y croire ? Par quelle conviction ? Ne serait-ce pas une façon de s’éloigner de ses responsabilités et de les confier à d’autres ?

La promesse n’existe que par ceux qui veulent y croire et parfois s’y réfugier pour se rassurer.

Alors, on objecte que la promesse est non tenue sans toutefois l’énoncer. Il est vrai que l’exercice serait périlleux.

Pourquoi donc s’il n’y a, par conviction, aucune énoncée de promesse parle-t-on d’une promesse non tenue ?

Nous pouvons penser que c’est l’émergence d’une déception, d’une inquiétude ou d’un désaccord difficile à formaliser avec précision. Il y a ce sentiment un peu flou de ne pas être au rendez-vous sans pouvoir dire ni le pour quoi ni le pourquoi et sans vouloir l’assumer. Cette sensation que des espoirs ne se réalisent pas. Quels espoirs ? Celui de changer le monde ? Celui de la raison d’être ? Celui des engagements sociaux et environnementaux ? Celui d’une ambition ? Peu probable. C’est bien plus personnel. Une forme de réalisation de soi insatisfaite. Comme un défaut de résonance avec soi et avec les autres.

Est-ce un besoin de promesse ? Est-ce l’expression d’une peur face à l’incertitude, à un questionnement sur son avenir personnel ? L’émergence d’un sens critique exacerbé par l’absence de cadre ou de certitudes sur l’avenir. Le besoin tout simplement d’être rassuré.

Assurément, la promesse peut être rassurante. N’est-ce pas là son essence au risque de se substituer à la confiance. La confiance en soi, aux autres, aux projets dans lesquels on s’engage, au chemin de vie personnel ou professionnel. La confiance du et de son chemin de la réussite.

Non, sur le chemin de la réussite de « La Bonne Compagnie », il n’y a ni promesse faite, ni promesse à faire. C’est oser, faire preuve d’audace et de courage dont il s’agit. Aller chercher et travailler avec les autres et avec ses intuitions. C’est véritablement questionner le sens, se projeter dans l’avenir, faire émerger des ambitions, des envies, une motivation qui se transformeront en actions. Agir, agir pour anticiper, écrire son histoire pour ne pas la subir.

À la promesse substituons la volonté d’être, d’agir et de faire ensemble pour gagner sa liberté de choix et bien vivre « l’impermanence » et l’incertitude. Agissons collectivement parce que l’épanouissement individuel n’a de résonance que dans un collectif, une organisation, une famille, un groupe.

Au moment où l’individualisme égoïste est porté à son apogée pour une réalisation de soi, comme une promesse antinomique avec la réalité de « l’animal social » que nous sommes, ouvrons les yeux sur le besoin de bien vivre ensemble pour s’épanouir et gagner en confiance personnelle, d’agir ensemble pour se réaliser.

Tout cela relève d’un choix intime, d’une prise de conscience individuelle, de l’acceptation de sa responsabilité comme prix de sa liberté. Apprendre à vivre « avec » plutôt que « contre », grandir avec les autres et non dans l’adversité, faire confiance aux autres pour renforcer la confiance en soi.

Il est bien plus facile de critiquer un système, sous l’angle de la promesse non tenue, plutôt que de contribuer à le faire évoluer dans un sens vertueux, juste, utile et bienveillant. Mais la critique rend aveugle, elle isole, elle renferme, elle déstabilise et elle développe la méfiance, parfois la défiance. De lucidité supposée, elle devient contre-productive et sclérose l’intuition et annihile la capacité d’anticipation.

Une clé est sûrement là, faire la promesse de ne rien promettre, comprendre que la promesse est un leurre qui détourne de la responsabilité, du courage, de la volonté d’agir et de la nécessaire confiance en soi, aux autres et au monde pour incarner le monde que nous voudrions voir.